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Newsletter #63

Publié le 17 mars 2026

Bonjour à tous. Nous sommes le mardi 7 juillet, vous lisez la 63e newsletter bimensuelle de FLAASH, la revue qui mêle réalité et fiction pour interroger l’actualité de demain. Au programme aujourd’hui : un extrait inédit de FLAASH N°11 sur le sexe du futur, avec le reportage politico-orgasmique de Gabrielle Meulle. Bonne lecture !

Dans le futur, le sexe sera-t-il plus politique ?

Consentement explicite, séduction renouvelée, mots nouveaux pour dire le désenchantement amoureux... L’intime est sorti de l’ombre pour devenir un terrain de débats collectifs et politiques. Entre révélations de violences systémiques, réinvention des relations et évolutions de l’acceptation et des mœurs, le sexe apparaît plus que jamais traversé par des enjeux sociaux. Mais jusqu’où ce basculement politique peut-il nous emmener ? Plongée politico-orgasmique avec celles et ceux qui pensent et se battent pour la sexualité de demain.

Fatigués des aventures sans lendemain, enchaînées au rythme des swipes sur les applications ? Lassés des algorithmes qui trient les profils et attribuent des « scores de désirabilité » en fonction du nombre de likes ? Si les applications dédiées ont indéniablement élargi les possibilités de rencontres grâce à la profusion de profils qui s’y trouvent, l’injonction permanente à se « vendre » et le sentiment de répétition incessant des mêmes scénarios, pour obtenir un match, ont aussi contribué à accentuer la solitude de nombreuses personnes.

Tinder, Bumble, Hinge... Léa, 25 ans, parisienne au chômage, entretient une « relation toxique » avec ces applications. « Sur ces plateformes, la conversation s’engage, souvent pour s’épuiser aussitôt, raconte-t-elle. Parfois, je les réinstalle pour me donner un petit ego boost. Et quand je vois que j’ai peu de likes, je me sens encore plus triste qu’avant. C’est un coup à ruiner ta confiance en toi ». Elle le déplore, mais elle ne peut pourtant pas s’en passer. Et lorsque la rencontre a lieu ? « Souvent, c’est du sexe très mécanique avec des mecs, qui suit un script écrit à l’avance, rien de très palpitant en somme... » Un sentiment isolé ? Loin de là.

À force d’optimiser la rencontre, les plateformes semblent en effet en avoir gommé l’essentiel : la surprise, le hasard, l’imprévu. Pour le collectif Deep Dating, ce constat a été un point de départ. Trois amis, dont la sexothérapeute Léa Toussaint, connue sous le nom de « Merci Beaucul » sur Instagram (293 000 abonnés), se sont alors lancés à la recherche d’une alternative « aux habitudes d’abondance produites par les applis ». De cette réflexion sont nées les soirées de deep dating, sorte de version décomplexée du speed dating où les questions sur les hobbies et la météo n’ont pas leur place.

« Après le Covid, il y a eu un besoin de revenir au réel, de se détacher des applis », explique Dyckson, directeur de projet chez Deep Dating, à l’origine de ces événements. Organisées à Paris, Saint-Denis, Toulouse ou Lyon, ces soirées (proposées au prix de 25 euros) reposent sur un principe simple : les participants enchaînent sept rendez-vous de sept minutes, guidés par un jeu de cartes, nommé « Discultons », imaginé par la sexologue. L’objectif ? Aborder frontalement, grâce à ce jeu de cartes, des sujets rarement évoqués lors d’un premier rencard : rapport au corps, à la sexualité ou à l’éducation reçue, pour repartir avec un partenaire sexuel sans mauvaises surprises.

Lors de ces rencontres, le cadre se veut sécurisant : « À l'entrée, tout le monde reçoit une carte ‹ T’es relou·e ›, à dégainer en cas de comportement inapproprié », précise l’organisateur. La profondeur des questions, dites deep, est aussi une manière de repenser les rapports de séduction. « Les femmes, notamment, peuvent exprimer leur désir sans être jugées, alors forcément, ça bouscule les codes traditionnels de la séduction... », analyse Dyckson. Nora*, la vingtaine, en étude de lettres, a participé à une soirée deep dating organisée à Lyon. Elle raconte : « Le fait de commencer directement par des questions crues, ça te décomplexe complètement pour la suite. C’est un peu comme si tu faisais un rendez-vous à l’envers, en rentrant directement dans le vif du sujet sans t’encombrer du reste qui n’est que de la comédie ». L’intérêt de ces rencontres «en vrai» ? C’est justement cette contrainte : sept minutes face à quelqu’un, sans possibilité de swiper au moindre doute ou à la première déception. Et parfois, la surprise opère... Certains repartent avec de nouveaux amis et d’autres, venus à la base pour chercher un partenaire sexuel idéal, s’en vont avec bien plus que prévu : le sentiment inattendu d’être tombés amoureux […]

Lire la suite du reportage ici.

LES RECOS DE LA RÉDACTION

1 — EXPO. Futur Antérieur, Ugo Bienvenu, Galerie Martel, Paris 10e
Contributeur habitué des pages de FLAASH, Ugo Bienvenu est assurément l’un des artistes graphiques les plus singuliers de sa génération. Son talent protée, ses passions plurielles, ses incursions dans des disciplines aussi diverses que complémentaires (le dessin, l’animation, la mode, la publicité, la musique) sont le fruit d’une enfance nomade, passée entre l’Amérique centrale et l’Afrique, et nourrie d’influences visuelles multiples qui vont de Miyazaki à Spirou, en passant par le street art mexicain. Autre élément  central dans le travail d’Ugo Bienvenu ? La science-fiction, qui possède, à ses yeux, une qualité incomparable : celle de « parler le mieux du temps présent et de la manière dont nous habitons notre monde. »
🎨 Jusqu’au 25 juillet 2026, plus d’info ici.

2 — BD. Terre ou Lune, Jade Khoo (Morgen, 2026)
Terre ou Lune, premier tome d’un diptyque, est un bijou d’imaginaire, convoquant une science-fiction centrée sur l’humain, poétique, mélancolique, qui graphiquement comme scénaristiquement marche dans les pas du grand Hayao Miyazaki. Un futur pas si éloigné, un village qui pourrait ressembler à ceux qui peuplent nos campagnes, à ceci près qu’il est situé sur la Lune, devenue un astre colonisé par une partie des habitants de la Terre pour en faire un nouveau paradis agricole et naturel. Othello, 14 ans, grandit comme en prison, dans un orphelinat, après avoir commis l’irréparable : tuer, à son insu, son père, obéissant à une manipulation diabolique orchestrée par sa mère. Mais un stage d’ornithologie va lui offrir une seconde chance. Une quête intime, bouleversante, doublée d’une fable écologique qui n’oublie pas de pointer certains fantasmes dangereux du retour à la terre. Le tout porté par un dessin magistral qui, à chaque page, fertilise un peu plus nos imaginaires. La preuve dans FLAASH, avec quelques planches extraites de la BD, publiées dans le nouveau N°11 — Sex, Love & Robot.
📚 À découvrir ici.

3 — EXPO. Video Games & Music, Philharmonie de Paris, Paris 19e
En un demi-siècle, la musique de jeu vidéo s’est imposée comme un phénomène mondial. Inscrite dans les parcours de vie de plusieurs générations, elle accompagne aussi bien des récits intimes que des aventures collectives. Longtemps limitée à quelques bips fonctionnels, la musique de jeu vidéo a grandi avec la technologie, jusqu’à devenir un champ créatif foisonnant, exigeant et inventif. Elle convoque l’orchestre symphonique comme l’électronique la plus expérimentale, explore tous les genres musicaux et incarne une forme singulière : celle d’une musique qui ne se contente pas d’être écoutée mais qui se joue, s’expérimente, se vit. Le joueur devient déclencheur, acteur, musicien.
🎵 Jusqu’au 1er novembre 2026, plus d’infos ici.

4 — MUSIQUE. Tranquilizer, Oneohtrix Point Never (2025)
[Une reco partagée par l’artiste Flavien Berger dans le nouveau FLAASH N°11 — Sex, Love & Robot] « Ce New-Yorkais a réussi à créer un morphing de ses souvenirs musicaux, c’est complexe mais pas compliqué, harmonieux et paysager, en sortant des structures habituelles : pas de chant, presque pas de basses constantes, de rythme global, de tempo particulier. C’est pourtant assez cohérent. Super beau. »
🎵 À écouter ici.

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