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Newsletter #68

Publié le 06 octobre 2026

Bonjour à tous. Nous sommes le mardi 6 octobre, vous lisez la 68e newsletter bimensuelle de FLAASH, la revue qui mêle réalité et fiction pour interroger l’actualité de demain. Au programme aujourd’hui : un extrait inédit de FLAASH N°11 sur le retour des psychédéliques, avec le reportage substantiel de Laure-Meriem Rouvier. Bonne lecture !

Voyage au-delà de soi : le retour des psychédéliques ?

Utilisés depuis des siècles par certains peuples, valorisés au début du XXe siècle dans la société occidentale, les psychédéliques et psychotropes (LSD, MDMA, ayahuasca, psilocybine...) renaissent dans les traitements thérapeutiques... officiels ou pas !

Fragment de carte de la France

« Les drogues sont un défi à l’esprit », écrivait le poète et chanteur Jim Morrison. En Amazonie, au milieu de la jungle d’Afrique centrale ou bien dans le désert d’Amérique du Nord, des peuples se sont soignés et se soignent encore grâce aux plantes psychédéliques. Elles s’appellent ayahuasca, une liane amazonienne contenant la molécule hallucinogène dite DMT; iboga, un arbuste des forêts équatoriales africaines ou peyotl, un cactus du sud de l’Amérique du Nord. Elles ont été rejointes par des drogues de synthèse telles que le LSD, une molécule synthétisée à partir de l’ergot de seigle en 1938 ; la MDMA ou ecstasy, une molécule de la classe des amphétamines, synthétisée en 1912, ou la psilocybine, la molécule active du fameux champignon nommé psilocybe et popularisé par la célèbre chanson de Billy Ze Kick, « Mangez-moi ! Mangez-moi ! », isolée depuis 1958.

Pendant les années 1970, au nom de la « guerre contre la drogue », les recherches sur les effets thérapeutiques des plantes psychédéliques ont disparu. Mais depuis le mitan des années 2000, des études ont repris et leurs résultats sont prometteurs. Ce phénomène est appelé « renaissance psychédélique » et ouvre un futur tripant dans lequel médecins, pharmaciens, psychologues, historiens, philosophes ou psychonautes (personnes qui expérimentent des états modifiés de conscience avec ou sans prise de psychédéliques) travaillent à une nouvelle image de l’utilisation de drogues hallucinogènes pour soigner l’addiction ou la dépression. Une manière d’ouvrir « une porte chimique au mur », comme le soutenait l’écrivain Aldous Huxley, auteur du célèbre Meilleur des mondes (1932).

Les plantes messagères

« Ce n’est pas par hasard que l’on se tourne aujourd’hui vers les psychédéliques, parce que nous avons atteint un haut degré de destruction », explique Mathilde Ramadier, autrice d’Au-delà du moi. Quand les psychédéliques bousculent la conscience (éd. du Faubourg, 2025). Dans son essai, elle raconte son voyage en ayahuasca ainsi que ceux de vingt-six autres personnes. « Je voyais l’histoire de l’humanité se dérouler devant moi, avec des scènes remontant à la Préhistoire, et en conclusion un message clair : de quoi as-tu peur, en fait ? Les êtres humains sont passés par tout un tas d’épreuves terribles, ils sont morts des millions de fois. Malgré tout, ils sont encore là, et toi, tu es le fruit de cela », raconte l’une d’entre elles. Cette expérience conforte la théorie de l’ethnopharmacologue étasunien Dennis McKenna, selon laquelle « les plantes tenteraient d’enseigner à notre espèce notre juste place dans la nature. L’ADN de chaque pl ante est un message de survie ».

À des milliers de kilomètres de là, à Nîmes, c’est au tour de la professeure Amandine Luquiens, psychiatre et addictologue au CHU, de plonger dans les plantes pour sortir des patients de l’alcoolisme et de la dépression. Depuis 2024, elle a ainsi monté et supervisé le premier essai clinique randomisé français du XXIe siècle de psychothérapie assistée par psychédélique (PAP), avec de la psilocybine. Trente patients se sont soumis à cette expérience. Résultat : un an après, 55% d’abstinents contre 11% sans psychédélique. « Notre paradigme est que l’alcoolisme est un état bio-social. La prise [de psychédéliques] permet de mettre le cerveau dans un état d’acceptation. C’est un tremplin aux prises en charge », explique Amandine Luquiens. Pour elle, l’accompagnement thérapeutique est essentiel. Les patients arrivent deux semaines avant la première prise de 25 mg, suivent un programme intense avec de la kiné du cerveau, des activités physique s adaptées ou de la psychomotricité pendant trois semaines, puis reprennent 25 mg. Il est également proposé une dose de maintien à six mois. Le voyage dure environ six heures et une playlist a été concoctée pour l’occasion. Ces résultats prometteurs ont permis qu’un essai de plus grande ampleur voit le jour. En 2026, et pour trois ans, 172 patients entreront dans le protocole de l’étude, pour un coût d’un million d’euros.

« La psilocybine [fabriquée sur place, ndlr] permet d’accéder à ses émotions et de développer de nouvelles stratégies pour les gérer. Ce qui entraîne un comportement moins néfaste, décrit la professeure. Les produits addictifs marchent très bien pour mettre ses problèmes sous le tapis. À la différence des antidépresseurs qui coupent les émotions, la psilocybine invite à y faire face, à les accepter et donc à trouver un nouveau schéma de sortie ». Avec le LSD, elle est d’ailleurs expérimentée sur des patients en fin de vie. Des études étasuniennes ont pu constater une amélioration significative des troubles anxieux et de la douleur avec ces médicamentations. Aldous Huxley avait d’ailleurs demandé une injection de LSD pour partir sereinement.

Fragment de carte de la France

Une panique morale

Avec de tels résultats, comment se fait-il que les études sur les psychédéliques aient été stoppées ? Zoë Dubus, historienne en médecine et spécialisée dans les psychotropes a quelques réponses. « La consommation de LSD était associée à la contre-culture des années 1970. Pour décrédibiliser le mouvement, le pouvoir a expliqué que si les hippies remettaient en cause la société, c’est que leur cerveau était détruit. Il fallait les criminaliser pour les faire taire », raconte-t-elle.

Jusqu’en 1966, le LSD était légal et recommandé en auto-expérimentation auprès des psychiatres avant de le prescrire à leurs patients. Il était fabriqué par le laboratoire Sandoz, ancêtre de Novartis. « La panique morale autour de ces substances pèse beaucoup sur les essais cliniques. Les patients ont peur. Les institutions arrêtent alors leurs recherches, en 1967 pour la France et en 1979 pour les USA », détaille l’historienne et membre de la Société psychédélique française. Elles ne reprendront qu’en 1989 en Suisse et aux Pays-Bas. « Le standard du double-aveugle ne fonctionne pas parce que, quand on prend du LSD, ça se voit ! », précise-t-elle. Mais, avantage et non des moindres, les psychédéliques n'entraînent pas d’addiction et ne sont pas toxiques, à la différence des antidépresseurs. Pour remonter un peu plus loin dans l’histoire et comprendre cette peur intrinsèque, Zoë Dubus explique : « L’Église catholique interdit toutes modifications de conscience et, au IIIe siècle, elle a fait détruire toute trace d’usages de psychédéliques. On peut imaginer qu’il y a eu des utilisations mais dans des groupes marginaux, comme les sorciers. Concrètement, on n’en sait rien. Par contre, il existe des traces qui datent de milliers d’années en Asie, aux Amériques et en Afrique ».

Huit cents ans plus tard, la situation pourrait presque paraître identique en Occident. Or, des militants poussent à continuer les recherches pour que soient réhabilitées ces substances. « Il faut mettre en place un vrai cadre, des formations unifiées et cela coûte cher à court terme », préconise Zoë Dubus. C’est qu’il faut du personnel pour accompagner le patient pendant son voyage, afin de le rassurer s’il se trouve dans une mauvaise posture et être attentif à ce que tout se déroule au mieux. Sans oublier sa durée, longue de 6 heures avec la psilocybine et 10 heures avec du LSD.

Du côté des laboratoires pharmaceutiques, ils auraient tout à gagner à se lancer dans cette renaissance. D’après l’historienne, « la production de psilocybine peut rapporter beaucoup d’argent. Ils [les laboratoires] n’auront pas de problème pour remplacer les antidépresseurs ». Chez Compass Pathways, une société pharmaceutique britannique, le gramme de psilocybine est vendu 8 000 dollars. Certes, la thérapie dure moins longtemps qu’un traitement avec antidépresseur, mais l’OMS décompte un milliard de personnes avec des troubles de santé mentale dans le monde. Les calculs sont faits […]

Fragment de carte de la France

La suite du reportage est disponible dans FLAASH N°11.

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