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Newsletter #55

Publié le 17 mars 2026

Bonjour à tous. Nous sommes le mardi 17 mars, vous lisez la 55e newsletter bimensuelle de FLAASH, la revue qui mêle réalité et fiction pour interroger l’actualité de demain. Au programme aujourd’hui : un extrait inédit de FLAASH N°10 sur les réseaux sociaux, avec le reportage sous fond de complotisme aux États-Unis.

ÉTATS-UNIS. LES RS AU SERVICE DU COMPLOTISME

Quand on parle de fausses informations, de théories du complot et autres « vérités alternatives », un pays revient sans cesse à l’esprit : les États-Unis. Et pour cause, le complotisme s’est fait politique publique, accompagné par les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Reportage connecté dans un territoire où complot rime avec réseaux.

Début 2025, j’ai dû faire un choix étrange, en tant que journaliste : choisir de rester ou de quitter X, anciennement Twitter. En effet, si le réseau social a été racheté par le milliardaire libertarien Elon Musk en 2022, son salut nazi à l’investiture de Donald Trump a provoqué un mouvement de migration de la plateforme par de nombreux intellectuels, journalistes et militants. Au fil des mois, l’algorithme de X est devenu un reflet des opinions de son propriétaire : propos racistes, transphobes, antisémites, mais surtout, une avalanche de fausses informations plus ou moins grossières.

Je suis restée sur X, sûrement par curiosité malsaine. Je m’amusais à consulter les déclarations des partisans de la terre plate, les photomontages grossiers concernant les effets du vaccin contre le Covid-19, et à lever les yeux au ciel à chaque déclaration de Donald Trump ou de son gouvernement. Mais je ne pouvais ignorer que mon fil d’actualité était de plus en plus rempli de soupçons, de doutes, de théories alambiquées sur la possibilité de conspirations ou d’un complot des élites.

En 2021, selon un sondage de l’ONG Public Religion Research Institute, 15 % des Américains estimaient que « les leviers du pouvoir [étaient] contrôlés par une cabale d’adorateurs de Satan pédophiles », soit l’un des piliers des théories de QAnon, une communauté d’extrême droite qui croit à un complot pédo-sataniste des élites gouvernementales. Les sondages de ce genre sont nombreux et renforcent l’idée qu’aux États-Unis, plus que partout ailleurs, les théories du complot sont une croyance comme une autre.

UNE CULTURE DU COMPLOT

Le terme même de théorie du complot a été défini en 1948 par le philosophe Karl Popper. Selon lui, c’est « l’idée selon laquelle l’explication d’un phénomène social consiste à découvrir les hommes ou les groupes qui ont intérêt à ce que ce phénomène se produise (il s’agit parfois d’un intérêt caché qui doit d’abord être révélé), et qui ont planifié et conspiré pour le provoquer ». Julien Giry, docteur en sciences politiques, se rapproche de cette définition. « Les travaux de recherche montrent que chacun d’entre nous peut être tenté de croire à un moment donné à une théorie alternative mettant en jeu l’idée d’un complot », explique-t-il. Pour autant, il le rappelle : le conspirationnisme n’est pas un phénomène nouveau, lié à Donald Trump ou aux réseaux sociaux. « Depuis la révolution américaine des années 1780, il y a une grande acceptabilité sociale de ces théories. Il y a l’idée que le pouvoir sera toujours mauvais, et qu’il va toujours conspirer contre le peuple. Le modèle étasunien est d’un très fort anti-étatisme ». Cet imaginaire du complot va structurer l’imaginaire politique américain, tant du côté des responsables politiques que des citoyens. « Au début du XXe siècle, que ce soit dans les journaux ou la littérature populaire, on retrouvait des histoires autour des Illuminatis », s’amuse Julien Giry. Signe que la théorie n’est pas si nouvelle […]

Lire la suite du reportage ici.

LES RECOS DE LA RÉDACTION

1 — CONFÉRENCE. Peut-on survivre aux algorithmes ?, jeudi 30 avril, 19h00, Mk2 Quai de Loire
« Avec la neuroscientifique Nadia Guerouaou, cette conférence animée par la journaliste Nesrine Slaoui, explore la manière dont l’intelligence artificielle et les algorithmes transforment notre attention, nos décisions et nos comportements. Elle montre comment ces technologies influencent nos cerveaux, souvent de façon invisible, en orientant nos choix, nos désirs et nos usages. Une rencontre essentielle pour comprendre une révolution cognitive qui n’en est encore qu’à ses débuts ».
🎤​ Plus d’info ici.

2 — LIVRE. La Transparence selon Irina, Benjamin Fogel (éditions Rivages, 2019)
Dans ce premier roman de la trilogie de la Transparence (2019-2024), Benjamin Fogel imagine une société en 2058 où la vie privée a disparu. Sur le Réseau, tout est public : santé, revenus, opinions politiques. Dans ce monde de transparence totale, certains résistants, les Nonymes, tentent de préserver leur anonymat. À travers Irina, essayiste influente au cœur de ce système, le roman mêle thriller et anticipation pour poser une question troublante : jusqu’où les réseaux peuvent-ils définir notre identité et notre place dans la société ? Un récit captivant à retrouver dans la nouvelle chronique « Chambre noire » de Julien Amic, consacrée au thème du numéro.
📚 À découvrir ici.

3 — LIVRE. La Peste du léopard vert, Walter Jon Williams (Le Bélial’, 2003)
Dans ce roman sorti bien avant que les réseaux sociaux prennent autant de place dans nos vies, Walter Jon Williams imagine un futur étrange où les humains modifient librement leur génome et où Internet conserve les traces éternelles de nos vies. Michelle, une enquêtrice devenue sirène, explore les archives du passé pour comprendre une mystérieuse épidémie et la disparition d’un philosophe oublié. Une enquête fascinante qui interroge notre mémoire numérique… et l’idée troublante d’une immortalité virtuelle. L’analyse de Julien Amic est à découvrir dans « Chambre noire ».
📚 À découvrir ici.

4 — LIVRE (PHOTOGRAPHIES). Rades, Guillaume Blot (Gallimard, 2023)
Inscrits au patrimoine culturel immatériel français, les PMU et autres troquets jouent un rôle important dans le tissu social français et sont considérés aujourd’hui comme des « espaces en voie de disparition ». À l’heure où les relations sont virtuelles, Guillaume Blot choisit de photographier les derniers lieux de convivialité ruraux avec un regard joyeux mettant l’accent sur les hommes et les femmes qui font vivre ces lieux hauts en couleur. Pour FLAASH N°10, il réinterprète son célèbre Rades en portfolio !
📚 À découvrir ici.

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